L'Apicurien

Janvier

Les reines vont bientôt reprendre leur ponte, nous veillons à ce que les réserves soient suffisantes pour le redémarrage des colonies. C’est un période critique durant laquelle les abeilles d’hiver vont disparaitre pour laisser place aux nouvelles générations d’ouvrières. C’est le moment où les abeilles vont le plus consommer leurs réserves hivernales, carburant pour chauffer le couvain.

Un coup de pouce peut leur être donné si les réserves manquent.

 

 

Décembre

Les colonies ont besoin du plus grand calme possible, les ouvertures des ruches sont proscrites, même si parfois nécessaires dans la gestion de la lutte contre le varroa.

Le contrôle de l’inévitable prolifération de cet acarien finira par être fatal à la colonie s’il n’est pas suivi correctement. Bien moins médiatisé que le frelon asiatique, le varroa n’en demeure pas moins un véritable problème sanitaire pour nos abeilles. Importé en France dans les années 80, sa relation avec son hôte l’abeille asiatique est à l’équilibre suite à un long processus de co-adaptation physiologique et sensorielle. Ce n’est malheureusement pas  » encore  » le cas avec nos apis melifera

 

Les comptages de ce parasite sont faits régulièrement au cours de la saison et particulièrement à la fin novembre. Un plateau graissé placé sous le plancher aéré de la ruche nous permet d’estimer le taux d’infestation de la colonie par le nombre de varroas tombés par chutes naturelles.

A l’atelier on prépare la prochaine saison: menuiserie, cirage des cadres, réparation des ruches et passage à l’huile de lin, fonte des cires …

Novembre

Les dés sont jetés, les interventions doivent maintenant être les moins intrusives possible. La nature s’endort, ce n’est pas pour autant que nos protagonistes sommeillent dans les ruches. Elles forment maintenant cette fameuse grappe complexe qui par sa puissante organisation va permettre aux abeilles de survivre à la redoutable épreuve de l’hiver, leurs modes de fonctionnement diffèrent complètement de ceux de la colonie estivale.

Il nous est souvent demandé ce que font les abeilles durant cette période, voici donc quelques explications sur leur stratégie de survie :

Thermogramme infrarouge des abeilles du cadre central d’une grappe hivernale sans couvain. La température extérieure était de 3,7° au moment de la réalisation du thermogramme. Les points lumineux jaunes ou blancs sont les thorax d’abeilles chauffeuses. La flèche désigne la reine. On distingue bien le noyau chaud (orange) du manteau(violet). Dans l’angle inférieur gauche, des abeilles chaudes visitent la surface de la grappe.

La grappe commence à se former dès que la température extérieure descend sous les 15°C; elle est complète – c’est-à-dire que toutes les abeilles de la colonie s’y sont jointes – à 7°C, l’individu entrant rapidement en collapsus à des températures plus basses. Elle a globalement la forme d’une sphère ou d’une ellipsoïde interrompue par les rayons que les abeilles recouvrent en couches multiples mais sans y pénétrer; elles se servent des cellules vides comme réserve d’air et comme isolant, ne s’y enfonçant que lorsque la colonie toute entière est au bord du collapsus c’est-à-dire en train de mourir de froid. La masse d’abeilles se contracte d’autant plus que le froid se fait plus intense.

Qu’y font-elles ? Tout dépend de leur position par rapport à l’ensemble. Les abeilles d’extérieur forment une sorte de manteau couvrant destiné à éviter à celles du centre les déperditions de chaleur. Ces couches d’abeilles superposées, tête vers l’intérieur de la grappe, ont un pouvoir isolant important, lié notamment aux poils thoraciques qui s’entremêlent lorsque les abeilles sont serrées thorax contre thorax. Ce manteau a une structure plus ou moins lâche; il se resserre lorsque la température descend. Il protège un noyau central plus chaud, d’où émane un chuintement caractéristique. C’est qu’une partie des abeilles y frissonne doucement : par contractions isométriques des muscles de vol, elles produisent de la chaleur. Pour ce faire, elles utilisent exactement le même mécanisme de thermogenèse que pour le chauffage du couvain : les contractions des muscles alaires antagonistes sont synchronisées de façon différente que lors du vol, avec pour effet d’annuler le mouvement et de produire une sorte de tétanie des muscles dorso-longitudinaux.

 

Ces contractions sont si fortes que les abeilles chauffeuses consomment

autant d’oxygène, voire plus, que les butineuses en vol. Aussi les
abeilles ne peuvent-elles guère entretenir cette activité pendant
plus de 30 minutes. En moyenne, on trouve 15-16 % d’abeilles
chauffeuses dans le cœur de la grappe; lorsque l’une d’elles
s’arrête, une sœur prend le relai si nécessaire.

Plus
une grappe d’abeilles sera petite, plus les pertes thermiques
seront élevées. Ce phénomène est exponentiel. C’est pourquoi à
proportion une grappe populeuse sera plus économe.

Pour en savoir plus

abeilles chauffeuses

Octobre

Les populations continuent à se préparer
pour l’hiver.

Le couvain est contrôlé pour qu’il fournisse assez
d’abeilles d’hiver. Lorsque les conditions sont bonnes les floraisons
automnales suffisent, en cas de problème un nourrissement peut
s’avérer indispensable.

 

Les ruches et ruchettes sont maintenant toutes sur leurs emplacements d’hivernage.

Des portières sont placées pour empêcher l’installation d’intrus comme le mulot.

 

Les nuits s’allongent et le matin trouve nos jardins couverts de rosée, traversés par les fils de la Vierge. L’automne montre déjà le bout de son nez et, dans nos ruches, les abeilles s’apprêtent à passer la mauvaise saison. Le peuple débordant qui nous a fait la récolte va peu à peu laisser place à la grappe hivernale, presque invisible, ramassée sur elle-même entre les cadres. Mais, même sous la neige, nos ruches resteront chaudes d’une vie mystérieuse.

 

                                                                                                                                                           cari

Il n’y a pas de différence physiologique entre les abeilles « d’été ou d’hiver » à leur émergence. Ce sont différents signaux liés à la colonie et à son environnement qui vont les faire évoluer vers tel ou tel phénotype.

Des signaux sont émis par la colonie en fin de saison, ils vont déterminer l’apparition des abeilles d’hiver. Ces derniers sont liés à la baisse des apports, à la diminution de la ponte, à la durée d’ensoleillement, à la température … Différentes phéromones et protéines vont alors intervenir.

Une différence métabolique notable des abeilles d’hiver est l’accumulation de vitellogénine et le développement des corps gras qui en découlent, en parallèle à la baisse des taux d’hormone juvénile

La force d’une colonie qui redémarre au printemps tient aux bonnes conditions de mise en hivernage, le travail principal du moment est de veiller à ce que les colonies soient bien préparées à affronter les longs mois d’hiver qui les attendent.

Si l’abeille d’été a une durée de vie d’une cinquantaine de jours, l’abeille d’hiver vit en moyenne entre 150 et 200 jours. Celle-ci a pour rôle de former la grappe hivernale qui maintiendra son cœur à température, d’élever le couvain tant que la reine pond ( la ponte diminue progressivement et peut même s’arrêter complètement en hiver pourvu qu’il ne soit pas trop doux ) et quand elle recommencera à pondre vers la mi-janvier. C’est donc elles qui assurent la transition entre l’automne et le printemps.

 

Ces abeilles d’hiver vont progressivement commencer à naître, c’est pourquoi nous devons veiller à ce que les colonies soient dans les meilleures conditions sanitaires possibles ( surtout exemptes de varroa ).

 

C’est aussi le moment où nous évaluons la force des colonies pour en réunir en cas de besoin.

Le volume intérieur des ruches commence à être resserré pour ajuster l’espace à occuper à la taille de la future grappe d’abeilles.

Les dernières reines nées et fécondées sont introduites, soit pour créer les derniers essaims, soit pour remplacer les reines défaillantes.

Les colonies termineront bientôt leurs réserves d’hiver avec les dernières miellées comme celui du lierre.